Le Gouvernement du Burundi et le PNUD ont procédé le 27 mai 2005, à l’hôtel Novotel, au lancement de l’Année Internationale du Microcrédit (le 18 novembre dernier, l’ONU déclarait 2005 Année Internationale du Micro Crédit). A cette occasion, le Représentant Résident du PNUD, M. Ibrahima D. Fall, a indiqué que la micro-finance constitue un des meilleurs moyens d’accroître la capacité de production des communautés locales, d’assurer l’intégration des populations pauvres dans les flux économiques et de favoriser l’émergence et la croissance des marchés locaux, et partant d’accroître le niveau de revenus des populations. Selon M. Fall, l’Année Internationale du Micro Crédit, a pour objectif central d’accroître l’accès au crédit, a l’épargne, aux systèmes d’assurance, au transfert de versements et à d’autres services financiers vers les ménages pauvres et à faibles revenus afin de leur assurer de meilleurs moyens de subsistance et un avenir prospère. Il vise aussi à sensibiliser l’opinion publique au fait que les clients de la micro-finance, en particulier les femmes, peuvent s’avérer très fiables lorsqu’il s’agit de rembourser les prêts, de bâtir des entreprises et d’apporter leur contribution à l’économie. Cette année offre alors une formidable opportunité pour étendre la portée des services de microfinance en encourageant le tissage de partenariats stratégiques entre le gouvernement, le système des Nations Unies, les banques, les ONGs et les institutions de microfinance du Burundi où le niveau de revenus de la population n'atteint pas 100 dollars par an et où seulement 200.000 personnes ont accès à la microfinance, alors que des millions d’autres n’y ont pas accès, a-t-il fait remarquer.
M. Fall a précisé que la microfinance n’est pas une forme de charité, mais une façon de permettre aux ménages à faibles revenus de disposer des mêmes droits et des mêmes services que tous les autres et de vivre dans la dignité. Ainsi, le PNUD a accordé une place importante à la microfinance dans son programme 2005-2007, en appui à l'objectif stratégique qui vise à faciliter la transition des interventions d'urgence vers un développement durable, notamment en favorisant la réinsertion des sinistrés et la relance de l'économie locale. Pour M. Fall, la microfinance est mieux qu’un simple outil générateur de revenus. En donnant directement aux pauvres les moyens d’agir, la microfiance est devenue l’un des principaux mécanismes qui nous permettra d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, notamment celui de réduire la pauvreté extrême et la faim de moitié d’ici 2015.
Dans son discours de circonstance, le Ministre des Finances, M. Athanase Gahungu, a souligné que depuis l’année 1980 le Burundi, appuyé par ses partenaires au développement, a mené des actions en vue de chercher à restaurer les équilibres macro-économiques, augmenter la production et accélérer le processus de croissance et de développement.
Malgré les efforts consentis, divers indicateurs socioéconomiques font état aujourd’hui d’une situation de plus en plus préoccupante au regard des conditions de vie des populations. Au lieu de décliner, le phénomène de la pauvreté semble s’étendre, s’amplifier et devenir de plus en plus complexe. Les nombreux chocs exogènes auxquels le pays a dû faire face ces dernières années, ont eu pour effet de précariser davantage la situation économique et sociale avec pour conséquence l’augmentation des populations vulnérables (jeunes et orphelins, jeunes sans emploi, déplacés intérieurs et réfugiés). En effet, le taux de la population burundaise vivant en dessous du seuil de pauvreté est passé de 33% à 68% entre 1992 et 2002. Dans ce contexte, l’accès aux services financiers de proximité pour les petits opérateurs économiques, qu’ils soient ruraux ou urbains, peut jouer un rôle de premier ordre., a dit, M. Gahungu. Il a précisé que la microfinance constitue un levier indispensable pour appuyer de manière durable les efforts que les populations peuvent fournir dans une logique d'autopromotion en vue de sortir du cycle de la pauvreté et de la simple survie. Avec la microfinance, des milliers de personnes peuvent se mouvoir en acteurs de développement et devenir des éléments productifs, note le ministre des finances. En donnant accès au micro crédit, et en facilitant l’épargne, la microfinance leur permet de générer leur propre emploi et d’accéder au mieux-être tout en favorisant la confiance en soi et la capacité de jouer un rôle plus actif dans la société a ajouté, M. Gahungu.
Il a profité de ce lancement pour annoncer la volonté du gouvernement d’adopter une politique nationale de microfinance.
De son côté, le président du Réseau des institutions de microfinance au Burundi (RIM), M. Gabriel Ntisezerana, a assuré, dans son mot de circonstance, que ce secteur prend de plus en plus de l'importance. Fin 2004, les institutions membres du RIM et le réseau des coopératives d'épargne et de crédit représentaient plus de 80% du volume d'activités de la microfinance. La population desservie est de 272.340, le montant de crédits octroyés pour cet exercice atteint 9.603.149.000 FBu pour 52.955 bénéficiaires, le crédit moyen étant de 181.345 FBu et l'épargne collectée à la même période est de 2.654.147.000 FBu, tandis que les mêmes institutions disposent des dépôts atteignant 8.624.218.000 FBu. Néanmoins, la microfinance n'a pas jusqu'aujourd'hui de cadre légal et réglementaire qui lui tracerait les conditions d'exercice. Ceci constitue un frein à son développement tant du côté des épargnants, des opérateurs, des entrepreneurs, que des bailleurs de fonds, a déploré M. Ntisezerana. Par ailleurs, d'autres défis sont notamment le manque de compétences techniques des opérateurs pour conduire leurs activités, la faible éducation des populations par rapport aux concepts d'épargne et de microcrédit, la problématique des fonds de crédit et du refinancement du secteur et l'absence d'un dispositif de surveillance, de régulation et d'information, a-t-il ajouté.
Pour sa part, le Représentant Résident Adjoint du PNUD, M. Adama Coulibaly, a souligné qu’il incombe aujourd’hui aux décideurs, aux bailleurs de fonds, aux organismes de développement et aux opérateurs de pays de transformer les idées en actions. Il a insisté sur le lien important entre la stabilité économique et la paix. La paix est une condition préalable au développement économique, a dit M. Coulibaly. Il a souligné que les jeunes ont besoin de se concentrer sur des moyens alternatifs pour améliorer leur conditions de vie. Ainsi, le PNUD s’est engagé à y contribuer en adoptant le programme de lutte contre la pauvreté et la réinsertion qui permette le retour aux conditions normales de production et d’accès à l’alimentation.
Au cours de ce lancement, les participants ont suivi trois ateliers portant sur l’environnement de la microfinance au Burundi, l’organisation des services et les aspects d’une bonne pratique au cours desquels ils ont échangé sur la situation de la microfinance au Burundi et dégagé des recommandations visant notamment la mise en place d’un cadre légal et réglementaire régissant le secteur, la disponibilité des fonds de crédit à des conditions acceptables, l’accroissement de l’appui du gouvernement, des bailleurs de fonds et autres intervenants dans le secteur et la mise en place des mécanismes de garantie.
Ce lancement a été également une occasion d’échanges d’expériences sur le changement des conditions de vie des populations rurales grâce aux microcrédits leur octroyés par deux institutions de microfinance opérant actuellement au Burundi.
